À peine debout
nous parcourons, songeurs, les steppes en évolution,
les montagnes, les continents encore liés,
pour répandre nos quelques semences çà et là.
Et, entre les ères glaciaires,
chassant pour manger,
chassés pour être mangés,
nous aboutissons çà et là.
Certains d’entre nous, portant des casques, des capuches
et des noms comme Lief et Giovanni
Jacques et Henry
sont envoyés par des dieux et des rois féroces
traverser les flots turbulents pour faire des raids çà
et là.
Mesures épiques,
Trouille bleue,
nous partons à la voile, bien agrippés
et envoyons des baisers passionnés
le long du littoral barbelé
çà et là.
Poussés çà et là
par nécessité, par avidité et
par l’évidence,
nous tendons nos filets dans le golfe d’abondance
et amenons, vidons, fumons et bouillons,
plantons et infectons
en gage de domination de cette terre sauvage.
Nous nous installons çà et là, et nos racines
combinent pour faire fortune, quêtent et construisent des empires
et continuent de chercher à sortir d’ici.
Nous continuons de venir
torturer consonnes et voyelles
au désarroi des gens de là-bas,
maintenant ici.
Nous sommes des générations
entassées dans des appartements,
pris d’une frénésie de reproduction
effrayant les gens d’ici
jusqu’à l’infertilité.
Et voilà que c’est eux et nous.
nous allons et venons
armés de croyances aussi tranchantes
et aussi contondantes que la désillusion.
Nous nous découpons en lambeaux
Nous remplissons le ciel boréal d’étoiles
novas, naissantes, filantes
brûlant d’ambition
et prêts à négocier, arnaquer et rêver
comme l’imagination se tourne çà et là.
Puis,
la nuit ethnique couvre le ciel
et le monde, comme un édredon, par une nuit d’hiver,
comme la sueur, par une nuit humide sans sommeil
comme un amant, une amante
qui sait que les bras servent à enlacer
et que les langues servent à goûter
Et si nous devons être ici
Pourquoi ne pas rêver de cela?