Poème à moi même
Il y a une odeur dans l’air
Comme d’un dimanche sans enfant,
La pourriture tranquille des possibilités,
une vieille maison avant qu’elle s’effondre.
Cela
Tout juste après m’être éveillé
D’une sieste d’après‑midi,
Tout juste après avoir lu un poème
Sur un amour sans substitut.
Ces jours‑ci je me contente
Du lent écoulement des glaçons
Et du pas fantôme d’un enfant
Dans des escaliers qui ne m’ont jamais appartenu.
Il y a un parfum de lavande
qui émane des tubes d’oxygène
vendus à l’angle du boul. St‑Laurent
et de Duluth par des étrangers sympathiques.
Et nous entrons pour renouer notre amitié
Trop longtemps partie
Se regarder dans les rues enneigées
dans trop de villes qu’elle ne veut pas habiter.
J’en ai plein le dos
de me maintenir et d’écouter
des amis dont la vie
a toujours été plus importante
que l’air confiné, mais de justesse.
Donc, je suis humilié et je trébuche
vers le sommeil solennel
qui sent le dimanche après‑midi terreux
Nuits ethniques
À peine debout
nous parcourons, songeurs, les steppes en évolution,
les montagnes, les continents encore liés,
pour répandre nos quelques semences çà et là.
Et, entre les ères glaciaires,
chassant pour manger,
chassés pour être mangés,
nous aboutissons çà et là.
Certains d’entre nous, portant des casques, des capuches
et des noms comme Lief et Giovanni
Jacques et Henry
sont envoyés par des dieux et des rois féroces
traverser les flots turbulents pour faire des raids çà
et là.
Mesures épiques,
Trouille bleue,
nous partons à la voile, bien agrippés
et envoyons des baisers passionnés
le long du littoral barbelé
çà et là.
Poussés çà et là
par nécessité, par avidité et
par l’évidence,
nous tendons nos filets dans le golfe d’abondance
et amenons, vidons, fumons et bouillons,
plantons et infectons
en gage de domination de cette terre sauvage.
Nous nous installons çà et là, et nos racines
combinent pour faire fortune, quêtent et construisent des empires
et continuent de chercher à sortir d’ici.
Nous continuons de venir
torturer consonnes et voyelles
au désarroi des gens de là-bas,
maintenant ici.
Nous sommes des générations
entassées dans des appartements,
pris d’une frénésie de reproduction
effrayant les gens d’ici
jusqu’à l’infertilité.
Et voilà que c’est eux et nous.
nous allons et venons
armés de croyances aussi tranchantes
et aussi contondantes que la désillusion.
Nous nous découpons en lambeaux
Nous remplissons le ciel boréal d’étoiles
novas, naissantes, filantes
brûlant d’ambition
et prêts à négocier, arnaquer et rêver
comme l’imagination se tourne çà et là.
Puis,
la nuit ethnique couvre le ciel
et le monde, comme un édredon, par une nuit d’hiver,
comme la sueur, par une nuit humide sans sommeil
comme un amant, une amante
qui sait que les bras servent à enlacer
et que les langues servent à goûter
Et si nous devons être ici
Pourquoi ne pas rêver de cela?
Mots du vieux pays
Tu l'as dit
ou peut être moi
qu'importe l’un de nous a déclaré que
á certains moments
comme toujours
nous nous sentons
comme des immigrants en nous-mêmes
Pourquoi sommes-nous partis où nous ne le savons pas
et même si nous le savions
il n'y a pas de choix quand á 1'arrivée
On nous donne une forme usée dans laquelle nous nous glissons
comme dans un silence de seconde main
et nous venons dans ce pays
cet espace vide et parfait
avec des valises usagées et des poumons pleins de langues étrangères á oublier
Celle qu'on parle ici
est accentuée par la fourrure et le feu
La salle d’attente
La salle d’attente
est une respiration profonde.
Et retiens ton souffle
jusqu’à ce que chaque cellule vivante
se remplisse du poids mort de l’attente.
Et retiens ton souffle
jusqu’à ce qu’il déchire
tes poumons brûlants.
Et retiens ton souffle
jusqu’à ce qu’il te batte les tympans
Et retiens ton souffle
jusqu’à ce qu’il fixe le vide d’un regard effrayé.
Et tu ne fais que commencer.
La salle d’attente
est l’Enfer de l’impuissance
des souffles retenus.
Et tu ne fais que commencer.
La salle d’attente
est remplie des microbes de la crainte
qui assaillent les systèmes immunitaires affaiblis
qui sont affalés dans le fond des divans,
qui fixent les regards fixes
se soutenant le front, le menton pendant.
Et tu ne fais que commencer.
La salle d’attente
est remplie de voix envahissantes
qui flambent les cordes vocales de la foi,
asséchant, fendant et brûlant les lèvres
qui murmurent une prière presque inaudible.
Et tu ne fais que commencer.
Et tu ne fais que commencer.
La confesseure
Confesseure,
aussi profonde que l’imaginaire,
au-delà de l’envers et
au-delà même de la notion de l’envers.
Tu es assise dans le fauteuil, bière à la main,
cigarette qui monte en cendres;
tu donnes congé aux bornes que je traîne.
Confesseure,
comme l’inspiration qui m’invite
à scruter mes propres ténèbres
et à marcher dans ma propre chiasse.
Pas moyen d’oublier.
Le souvenir est l’un
des baumes que tu expires
comme un dragon, son feu.
Pas pour brûler,
mais pour détendre l’atmosphère.
L’initiation à ce lieu
n’est pas pour qui demande,
mais pour qui ne demande pas,
qui écoute les battements du cœur,
les chagrins et le cœur.
Et oui, tu fais bien.
Au mauvais moment,
à la bonne personne,
au mauvais endroit, dans une langue
aussi ancienne que la façon de la parler
avec une langue qui est profonde et qui va
à l’envers de mes craintes
Voici le moment,
tandis que j’ai ta langue et ton oreille,
de bégayer les mots
jusque là cryogénisés.
Merci de la tâche ingrate,
celle d’être l’autre moi.
Je t'aime
Je t'aime
comme façon de commencer le poème
toujours en train de m'en venir
je suis,
avec l'urgence du quotidien
et son continuel changement d'accent,
comme des personnages de toutes les classes qui
se réunissent, s'asseoient ensemble
sur des banquettes de restaurants pour partager les rituels secrets
je t'aime
en pleine nuit
comme le portier de nuit qui sait la beauté des chances
et signera uniquement notre vrai nom
celuí auquel nous répondons
je t'aime
comme un proche parent,
par naissance par dessein,
par mort, en révolution
constamment
je t'aime
la chanson se poursuit 24 heures par jour au rythme
simple
comme d'un cœur
répété
répétées les variantes sont une de plus que beaucoup
et sont répercutées á travers les ondes
messager et message
je t'aime
comme un étranger ici amour
qui, ignorant son langage,
ne touche que la violence du moment
et appelle des noms familiers avec de nouvelles voix
je t'aime
comme dans ce labyrinthe saint et fou
qui serpente dans les ruelles où s'amoncellent les rêves
où les hangars sollicitent allumettes et gazoline
où le nouveau jardin
jouxte la rue principale
prés de la montagne couronnée de tombes et d'un souffle gris
qui reste le sanctuaire de ceux qui s'étreignent
je t'aime
comme les fous leur état
comme les fous au bout de l’île
qui déambulent et regardent á travers les fenêtres
et dans chacune
voient un homme nu qui joue du violon
Dans la chaleur de la nuit
Hier soir nous avons fait l'amour.
Nous avons franchi des frontières
et traversé sans peur des pays.
Avec des bouquets de baisers
nous nous sommes accueillis comme des héros
qui n'avaient conquis personne.
Partout des implosions d'extase
et nous respirions d'un seul souffle.
Sans peur, nus,
couches l'un contre 1'autre,
nous avons dormi et nous avons rêvé.
Ce soir a la guerre.
Des hommes et leurs machines sont en mouvement.
Des tanks roulent, croisent la peau grumeleuse du sable.
Les franc-tireurs visent,
des doigts caressent les gâchettes
bien huilées.
Et 1'extase de ce soir
tient au centre de la mire.
Ce soir a la guerre.
Des hommes et leurs machines sont en mouvement.
Des tanks roulent, croisent la peau grumeleuse du sable.
Les franc-tireurs visent,
des doigts caressent les gâchettes
bien huilées.
Et 1'extase de ce soir
tient au centre de la mire.
On tue mieux la nuit
quand les sens sont le plus éveillés
et 1'imagination plus vive
pour conjurer les terreurs de 1'ombre
projetées par une lune lyrique.
Des humains hurlent, des prédateurs
fabriques enfoncent leurs talons
dans leur propre espèce.
Amour, l'aube révèle
des visages labourés d'éclats d'obus,
du sang qui jaillit et
1'évaporation d'humeurs vivantes
là où il y avait un ventre.
Le brillant soleil du matin
se lève
du regard brillé des yeux des morts